1. Le débutant

    Le débutant au flipper, je suis bien placé pour en parler : il n’y a pas longtemps, je débutai.

    Contrairement à n’importe quel jeu ou n’importe quel sport, le débutant au flipper ne se définit pas d’abord par la médiocrité de sa technique.

    Le novice se caractérise par l’erreur suivante : il croit que le flipper est à la merci du hasard. Que la boule « rebondit », qu’elle va et qu’elle vient. En d’autres termes, le débutant est candide. Il suppose que lorsque la balle arrive « au milieu », elle tombe et puis c’est tout, quel que soit le niveau du joueur. Que de temps en temps, il faut bien qu’elle tombe « sur le côté », et que cela est imparable. Il croit que les sons et les lumières sont « décoratifs ». Qu’il est préférable que le flipper soit fixé au sol pour ne pas tilter. Que les flippers dérivés d’un film sont surement plus funs. Que passer une heure au flipper coûte cher. Que les bons joueurs ont d’abord de la chance.

    Quand, en plus d’être ingénu, le débutant est de mauvaise volonté, il est insupportable. Il est bougon. Il est rabat-joie. Il rechigne à mettre sa pièce… ce n’est pas son jour… il a d’autres choses à faire…

    Comment mettre le débutant sur le chemin de la vérité ? Tout simplement en lui montrant l’exemple. Après deux ou trois parties auprès d’un maître, le débutant, s’il est un peu attentif, s’il est bien luné, s’il a bien dormi, devra se rendre à l’évidence : au flipper, le hasard n’existe pas. La « chance » étant le nom donné au hasard, quand on estime qu’il va dans notre sens sans qu’on en soit la cause, elle ne devrait même pas être mentionnée dans Multiboule. En regardant le maître, le débutant commence à se demander s’il ne s’était pas trompé. Le débutant est prêt à être formé le jour où il sait qu’il ne sait rien.

    Très vite, l’apprenti passera alors du mépris pour les finesses du jeu au mépris pour le novice qu’il était. Dès qu’il comprendra que les billes ne tombent sur le côté que lorsqu’elles ont mal été renvoyées, son regard changera : oui, le flipper doit être apprivoisé, maîtrisé, manipulé. Le débutant constatera, chez le maître, que si par « hasard » la bille arrive au milieu, un subtil coup sur le pied du flipper, auquel s’ajoute une fourchette, peuvent sortir d’affaire. Puis il comprendra les règles du jeu. Il progressera. Il finira par prendre la Voie de la Fourchette. Le maître sera attendri lorsqu’il verra le dépucelage de l’élève, qui claquera pour la première fois.

    Alors le débutant pourra s’amuser un peu.

    Puis un jour il ne sera plus question de rigoler. On n’est définitivement plus débutant lorsque le flipper devient ce qu’il ne devrait cesser d’être : une affaire sérieuse.

    g.?uan

  2. un vieil aficionado faut-il croire.

    un vieil aficionado faut-il croire.

  3. Petit guide de parfait (mauvais) flipper

    Tout allait pour le mieux dans le moins pire des mondes.

    En avance d’un bon quart d’heure sur mon rendez-vous, il me fallut peu dhésitation pour m’engouffrer dans un café qui ne m’était pas entranger : le Balard, qui se trouve tout logiquement place Balard, métro Balard, dans le 15e. C’est ici que j’avais fait  mes premières armes, à la sortie du lycée, tout heureux de voir se répandres la dernière création de Williams : le Monster Bash. Mais à l’époque, un Arabian Nights accompagnait le Bash, permettant de faire des pauses dans les longues et allambiquées rampes de ce flippper très réussi mais moins clair dans la progression et la poursuite des missions que son successeur. Je trouvais pourtant avec ravissement le même flipper, au même endroit. C’était parti pour une boucle.

    Aujourd’hui, que trouvons-nous dans cette ancienne académie de la fourchette? Tout d’abord l’ambiance ; nous sommes là dans un ancien rade, qui a subit une tentative pathétique de branchouillisation qui n’a pas totalement abouti (les carrés de faïence marron/turquoise et les abat-jours oranges crasseux en attestent). Des Chinois baffouillants y avalent sans s’attarder des cafés avant qu’on les ait vu payer. Les nouveaux bourgeois moraves (c’est-à-dire pas tout à fait bohêmes, au look mi-trash mi-instituteur de Picardie, au rythme de vie aussi régulier qu’un pattern de Ringo) s’y prélassent malgré Nostalgie à fond les ballons. Et bien sûr quelques RMIstes médusés regardent fixement l’écran du Rapido sans que l’on sache vraiment s’ils ont parié quoi que ce soit. Une ambiance factice, un faux troquet, qui a troqué sa franchise pour une fébrile atmosphère de fumoir du dimanche au bord de la faillite.

    Mais j’étais bien décidé à mettre une petite pièce dans la fente de la bête. Un euro, une partie. Diantre, celui-là n’a pas appliqué les nouveaux prix. Qu’importe, il faut claquer, et claquer sans perdre une seconde. La bille est lancée, je sens mes doigts vibrer, je n’ai pas encore la concentration nécessaire. La boule tombe dans l’endroit de vérité. La déception m’envahie immédiatement. Le flipper est placé sottement. Une lampe surplombe la vitre et se réfléchi en un énorme rond de lumière blafarde en plein milieu de l’espace jouable. Pas le temps de le déplacer, l’endroit est plein et un tilt précoce signifierait le gachis de l’unique jeton possible. Tant pis, je devine les flip. Je vise la mariée (les deux seules rampes du Monster Bash pour les non-initiés). La frappe est précise, la direction correcte. Mais la boule retombe. Le coté gauche manque de ressort. F.I.C.H.T.R.E.!.!.! tout est foutu. Je comprends alors que ma volonté de défoulement (un concept nietzschéen à n’en pas douter) fera naufrage, battue par ces conditions de jeu ignobles. Je ne connaitrai pas la sérénité du multiboule ce matin là. Je poursuis. Comble du déagrément flippistique, une des deux cibles du Frankeinstein est insensible à la boule d’argent. Balard ! Balard ! Balard ! morne rade, on était battu par sa fourchette (molle). L’expiation version Williams : voilà mon triste sort en ce dimanche de glace.

    Dernier incident, qui m’amusa un peu. Deux petits africains, que je situerais aux environs de 6 et 9 ans, apparemment frères et en vadrouille, pénetrairent dans le café. Probablement attiré par la lumière et le bruit, le plus jeune se précipita en ma direction, et sans se démonter, se plaça entre moi et la machine, pour commencer à jouer, les mains sur les touches. J’étais attendri par cette assurance précoce et sa détermination à jouer. Repoussé une première fois, sans qu’il ait compris nullement pourquoi il était repoussé, il tenta sa chance à nouveau. Un multiball débutait, avec ses trente secondes de possibilité de perte de balle. Je le laissais prendre les commandes. Il ne sut frapper une fois dans la balle. Reprenant les rennes, je n’eu pas le temps de finir le multiboule que les patrons leur demandait, (enchaînant, les questions dans attendre les réponses, devinant sans mal la situation) : “vous êtes accompagnés les enfants? Vous avez quel âge? Alors pas le droit d’être au bistrot”. La sentence tombait avant le dernier grognement de Franky.

    Déconcentré et peut-être déjà en retard (le temps s’arrête un peu quand on joue), je partait sans claquer. Mauvaise partie, mauvais départ dans la journée, mes excès de nervosité me collaient aux doigts. La concentration ludique, état fortement enviable pour qui l’a connu, ne m’accompagnerait pas pour mes prochains pas.

    Moralité : Au Balard, le flip est pourri, n’y allez pas.

  4. Surprise macabre sur le parvis de la gare du Nord

    Les cafés faisant face à cette glaciale Gare du Nord forment tous ensemble une grande salle de jeu. On peut, entre autres, y jouer à différents flippers collectors, outre les classiques Willimas que nous chroniquerons bientôt en ces pages. Mon Paris-Londres pourra être enduré sereinement. Je vais pouvoir me défouler sur un oiseau rare : Elvira Maitresse des Ténèbres.

    Comédie d’horreur à succès de ma prime jeunesse, ce film avait eu droit à une belle campagne de pub et donc à un flipper devenu depuis un véritable classique. Je dois avouer qu’il ne court plus les rues de nos jours, et que c’est avec étonnement et délectation que j’ai laissé échappé le réglementaire “Oh p…..! un Elvira!!!”. Pas le temps de réfléchir, ni de commander mon jambon-beurre, la pièce avait déjà quitté ma poche pour rejoindre la caisse que j’allai secouer pendant une demi-heure.

    D’entrée, l’impression fut favorable. Flips bien réglés, avec assez de patate pour faire le tour des deux grandes rampes du tableau, vitesse appréciable et multiboule rapidement acquis. Le classique méritait sa réputétion. Le jeu est agréable et les quelques combos à réaliser avant le gros multiboule vous mettent dans les bonnes conditions. Fourchettes fougueuses et oeil fou assurés.

    Niveau score, ça se baladait pas loin des 70 000 000, et j’ai pour ma part fait une entrée dans le hall of fame avec 55 000 000 et des bananes. Je pouvais me précipiter sous la Manche sans avec le sentiment du devoir accompli.

    Pour info, ça se passe Rue de Denain au café Le Rapide du Nord. Ambiance garantie, couscous tous les vendredi.

  5. Boulet de Canon

    Ca n’avait pas bien commencé, un rendez vous raté aux Buttes Chaumont,  un désert de bornes velib puis un énième Monster Bash. Mais l’envie de donner des coups de reins dans le flip était plus fort, on s’était retrouvé au Canon de la Nation, pour cogner de l’alien dans Attack from Mars.

    Un flipper speed qui ne pardonne pas les fourchettes molassones, un tord les nerfs, accompagné d’un café frappé donne la recette d’un réveil tonique. Le but était simple, défoncer la soucoupe et faire le maximum de combos par les rampes.  A cette vitesse là valait mieux rester concentré. C’était sans compter sur le placement très judicieux du flip.

    Idéalement placé à droite d’un Virtua Tennis, lui même à droite de notre bête noir : la borne PMU. La dope des gars du coin, ils viennent la tâter toutes les 2 min, prendre leur petite dose crack de course hippique. A noter, le patron a eu l’intelligence rare de placer cette borne dans un coin fermé (avec vitre, vicieux le gars), le seul passage étant à notre gauche (point faible). Début du fail.

    Des « pardon», « excusez moi » des clients en manque sifflaient à nos oreilles comme la politesse des imbéciles. On ne dérange pas un type au flip, même pour un PMU, on le laisse respirer. Ils viennent claquer leur RMI, on vient faire claquer le flip pour 2 500 000 000, tu saisis la différence ?

    Bref,

    Le flip était bon, on a claqué, on est parti, on reviendra pas.

    Gonzo

    Canon de la Nation - Place de la Nation - 75012 Paris - ATTACK FROM MARS

    Technique : 8/10

    Ambiance : 3/10

  6. Il est né le divin Spécial

    Vous en avez rêvé, Avi l’a fait.

    Après moult hésitations et palabres accoudé aux zincs bien astiqués des coteaux bellevillois, voici enfin venu le site rassemblant tous ce que les joueurs de flipper aguerris et addictés ont besoin : référencement, test, indications quant à la jouabilité, ambiance du lieu, meilleurs scores, sans oublier nos considérations générales et néanmoins profondes sur le sens ultime des extra balls et autres passages aux bumpers.

    Convaincu depuis l’âge le plus tendre (où je jouais assis sur un tabouret de bar) que le flip est un way of life et un déterminant existentiel fondamental pour ceux qui choisissent la Voie de la Fourchette, je vous propose cette fédération virtuelle pour braves gens atteints de la même pathologie. Par conséquent, ce site accueillera participations et conseils de tous ceux acceptant de poser leurs contributions à l’édifice.

    Rendez-vous très bientôt pour la présentation de nos lieux de prédilection, en attendant d’explorer l’ensemble de la jungle intra-muros.

    A très vite, soyez sages, et ne tiltez pas de trop.

    Avi Dabitbol

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Site de simulation de fourchettes

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