1. Petit guide de parfait (mauvais) flipper

    Tout allait pour le mieux dans le moins pire des mondes.

    En avance d’un bon quart d’heure sur mon rendez-vous, il me fallut peu dhésitation pour m’engouffrer dans un café qui ne m’était pas entranger : le Balard, qui se trouve tout logiquement place Balard, métro Balard, dans le 15e. C’est ici que j’avais fait  mes premières armes, à la sortie du lycée, tout heureux de voir se répandres la dernière création de Williams : le Monster Bash. Mais à l’époque, un Arabian Nights accompagnait le Bash, permettant de faire des pauses dans les longues et allambiquées rampes de ce flippper très réussi mais moins clair dans la progression et la poursuite des missions que son successeur. Je trouvais pourtant avec ravissement le même flipper, au même endroit. C’était parti pour une boucle.

    Aujourd’hui, que trouvons-nous dans cette ancienne académie de la fourchette? Tout d’abord l’ambiance ; nous sommes là dans un ancien rade, qui a subit une tentative pathétique de branchouillisation qui n’a pas totalement abouti (les carrés de faïence marron/turquoise et les abat-jours oranges crasseux en attestent). Des Chinois baffouillants y avalent sans s’attarder des cafés avant qu’on les ait vu payer. Les nouveaux bourgeois moraves (c’est-à-dire pas tout à fait bohêmes, au look mi-trash mi-instituteur de Picardie, au rythme de vie aussi régulier qu’un pattern de Ringo) s’y prélassent malgré Nostalgie à fond les ballons. Et bien sûr quelques RMIstes médusés regardent fixement l’écran du Rapido sans que l’on sache vraiment s’ils ont parié quoi que ce soit. Une ambiance factice, un faux troquet, qui a troqué sa franchise pour une fébrile atmosphère de fumoir du dimanche au bord de la faillite.

    Mais j’étais bien décidé à mettre une petite pièce dans la fente de la bête. Un euro, une partie. Diantre, celui-là n’a pas appliqué les nouveaux prix. Qu’importe, il faut claquer, et claquer sans perdre une seconde. La bille est lancée, je sens mes doigts vibrer, je n’ai pas encore la concentration nécessaire. La boule tombe dans l’endroit de vérité. La déception m’envahie immédiatement. Le flipper est placé sottement. Une lampe surplombe la vitre et se réfléchi en un énorme rond de lumière blafarde en plein milieu de l’espace jouable. Pas le temps de le déplacer, l’endroit est plein et un tilt précoce signifierait le gachis de l’unique jeton possible. Tant pis, je devine les flip. Je vise la mariée (les deux seules rampes du Monster Bash pour les non-initiés). La frappe est précise, la direction correcte. Mais la boule retombe. Le coté gauche manque de ressort. F.I.C.H.T.R.E.!.!.! tout est foutu. Je comprends alors que ma volonté de défoulement (un concept nietzschéen à n’en pas douter) fera naufrage, battue par ces conditions de jeu ignobles. Je ne connaitrai pas la sérénité du multiboule ce matin là. Je poursuis. Comble du déagrément flippistique, une des deux cibles du Frankeinstein est insensible à la boule d’argent. Balard ! Balard ! Balard ! morne rade, on était battu par sa fourchette (molle). L’expiation version Williams : voilà mon triste sort en ce dimanche de glace.

    Dernier incident, qui m’amusa un peu. Deux petits africains, que je situerais aux environs de 6 et 9 ans, apparemment frères et en vadrouille, pénetrairent dans le café. Probablement attiré par la lumière et le bruit, le plus jeune se précipita en ma direction, et sans se démonter, se plaça entre moi et la machine, pour commencer à jouer, les mains sur les touches. J’étais attendri par cette assurance précoce et sa détermination à jouer. Repoussé une première fois, sans qu’il ait compris nullement pourquoi il était repoussé, il tenta sa chance à nouveau. Un multiball débutait, avec ses trente secondes de possibilité de perte de balle. Je le laissais prendre les commandes. Il ne sut frapper une fois dans la balle. Reprenant les rennes, je n’eu pas le temps de finir le multiboule que les patrons leur demandait, (enchaînant, les questions dans attendre les réponses, devinant sans mal la situation) : “vous êtes accompagnés les enfants? Vous avez quel âge? Alors pas le droit d’être au bistrot”. La sentence tombait avant le dernier grognement de Franky.

    Déconcentré et peut-être déjà en retard (le temps s’arrête un peu quand on joue), je partait sans claquer. Mauvaise partie, mauvais départ dans la journée, mes excès de nervosité me collaient aux doigts. La concentration ludique, état fortement enviable pour qui l’a connu, ne m’accompagnerait pas pour mes prochains pas.

    Moralité : Au Balard, le flip est pourri, n’y allez pas.

    1. multiboule posted this
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